Récital de guitare flamenca

Comment trouver sa propre personnalité musicale à travers les formes traditionnelles du flamenco, si souvent jouées et revisitées ? La soleá, la bulería, la petenera ou la taranta… Tous ces styles qui font l’âme du flamenco. Telle est la question posée par Maël Goldwaser au cours de son solo. À travers ses compositions, il ne cherche pas à reconstituer un flamenco historique mais propose une musique moderne qui s’appuie sur la rigueur d’une tradition musicale pour se déployer.

Jai commencé à apprendre la guitare flamenca à treize ans, je me suis donc construit comme musicien à travers cette culture musicale et assez rapidement j’ai décidé que je voulais interpréter ma propre musique. Les formes du flamenco sont très restrictives : la plupart du temps, la structure rythmique et la tonalité ne sont pas laissées au choix du compositeur. Malgré cela, j’essaie de trouver à l’intérieur de ce cadre des espaces au sein desquels je peux m’exprimer en tant que musicien. Je m’efforce, quand je compose une pièce dans un style précis du flamenco, non seulement de respecter les structures rythmiques et les tonalités, mais aussi d’être fidèle à l’esprit du style et enfin d’exprimer quelque chose de personnel, de donner ma version de la Soleá, la Siguiriya, la Taranta, etc.

Le flamenco me donne un cadre que je peux explorer et une tradition sur laquelle je m’appuie pour composer et interpréter ma propre musique. L’apparente rigidité des formes du flamenco m’apporte une rigueur dans la composition et me permet de donner de la cohérence et du sens à ma musique.

Presse

Flamenco Web, Centre Mandapa – Paris, 18 avril 2019

Nous venons d’assister à un très beau concert au Centre Mandapa. Une heure durant, la rigueur du compositeur et la sensibilité de l’interprète nous ont ravi. Distinguer ces deux aspects de la musique de Maël Goldwaser est d’ailleurs arbitraire, tant la finesse et l’intelligence d’écriture des pièces du programme impliquent un travail sur le son au scalpel : une riche palette de timbres et de couleurs sonores, assez rare chez un guitariste flamenco, une dynamique couvrant tout le spectre possible, de l’à peine audible au déferlement de puissants (et très précis) rasgueados, alliées à un usage très expressif des variations de tempo. Le format strictement acoustique du récital et la capacité réduite de la salle nous ont permis de n’en perdre aucune nuance.

Maël Goldwaser est scrupuleusement respectueux des formes du flamenco, non seulement de leurs compases, de leurs modes mélodiques et de leurs harmonisations, mais surtout de leur caractère et de leurs affects. Cet ancrage dans la tradition ne bride en rien sa créativité, mais plutôt la stimule, comme le démontrèrent notamment la petenera (un « palo » bien peu traité par les guitaristes solistes), la taranta et la siguiriya, à notre avis les trois compositions les plus profondément originales du programme. Mais toutes auraient mérité des écoutes répétées (à quand un enregistrement ?) – dans l’ordre : fantaisie « por granaína », soleá, colombiana, bulería « por taranta », et les trois susnommées.

En bis, le guitariste nous annonça une « fin de fiesta, pas « por bulería », mais plus conforme à mon caractère » : en substance, une délicieuse et nostalgique ballade arpégée, une sorte de schubertiade majeure/mineure. Si vous aimez la musique et si vous en avez l’occasion, ne manquez pas d’aller écouter Maël Goldwaser.

Claude Worms